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ADRAMAR, la passion de l'archéologie sous-marine

Rencontre avec Roland Le Gall et Anne Hoyau-Berry

Chez ADRAMAR (Association pour le Développement et la Recherche en Archéologie Maritime), la passion pour l’archéologie sous-marine est bien présente, elle se voit aux sourires de leurs membres (élus ou salariés) et elle s’entend quand ils en parlent.
« Etre les premiers à explorer, à découvrir un site, un bateau, son histoire, ses objets, c’est excitant », témoigne Roland Le Gall, Président de l’association malouine.

« Créée en 1993 par des scaphandriers, des universitaires et des bénévoles, l’association a vécu des moments fabuleux » précise Roland Le Gall. « L’association a participé à de nombreuses fouilles en France et à l’étranger, telles que les épaves de la Hougue (Saint-Vaast La Hougue, 1692), les épaves de la Natière (Saint-Malo, XVIIIe s.), la jonque de Brunei (Ile de Bornéo, XV- XVIe s.), l’expédition Lapérouse (Iles Salomon, 1788)… Celle de la Natière, en bordure immédiate du principal chenal d’accès au port de Saint-Malo, nous a occupés de 1999 à 2008 ! ».  L’étude des épaves de la Natière a permis de restituer deux frégates corsaires de 29 à 30 m (91 pieds) de quille portant sur terre et au port de 350 à 400 tonneaux environ.

 

De gauche à droite :
Roland Le Gall (Président ADRAMAR),
Anne Hoyau-Berry (archéologue – scaphandrier, chargée de mission),
Charlotte Georgeault (responsable de l’administratif et des finances) et
Yann Gaonac’h (historien, chargé d’études documentaire)
Manque sur la photo Georges Le Pelletier (technicien, mécanicien de bord)

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Les épaves de la Natière, identifiées comme les frégates « La Dauphine » et « l’Aimable Grenot », apportent de fait le plus précieux des témoignages car elles renvoient à l’époque fastueuse ou les armateurs de Saint-Malo, de Granville et du Havre, hissaient le commerce maritime français à son apogée. Leurs vestiges offrent à ce jour la matérialité archéologique la mieux conservée des équipages marchands et corsaires qui sillonnaient les eaux malouines dans la première moitié du XVIIIe siècle (sources Archéologie et Culture).

En savoir plus sur les épaves corsaires de la Natière :

https://adramar.fr/les-epaves-de-la-natiere-1999-2008/ 

http://archeologie.culture.fr/epaves-corsaires/fr

https://musee-archeologienationale.fr/objet/les-epaves-corsaires-de-la-natiere

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Des recherches, de la patience

« Découvrir une épave réclame beaucoup de recherches dans les archives, de la patience » souligne Anne Hoyau-Berry, archéologue sous-marine et chargée de mission pour l’association. « Nous sommes actuellement à la recherche du Victor, coulé en 1645 avec à son bord 140 hommes. Ce navire revenait de pays lointains, chargé de marchandises, vers son port d’attache Saint-Malo. C’est Gérard Philoux, spécialiste en recherche d’épaves, qui a mentionné le naufrage de ce navire proche de Saint-Briac. 

En 2018, nous avons entrepris une campagne de prospection géophysique en baie de Saint-Briac sur une zone de 4 km² en co-direction avec Gérard Bousquet. Résultats, à l’aide d’un sonar, d’un détecteur à métaux et d’un pénétrateur de sédiments et après traitement des données, 18 cibles magnétométriques et 14 cibles sonar ont été identifiées. Un gisement archéologique ? On l’espère. En tout cas, on a prévu une nouvelle campagne en 2019, de mi-septembre à mi-octobre. »
« Vous imaginez ? Si on trouve le Victor ? Les fouilles pourront alors commencer. Et qu’allons-nous découvrir ? ». Roland Le Gall n’ose imaginer.

Une organisation, du matériel, des aides

Anne Hoyau-Berry poursuit : « En France, nous ne sommes pas nombreux à avoir ces missions d’études, de protection et de mise en valeur des sites archéologiques. Plus largement, nous organisons des réunions scientifiques, des conférences et des expositions. Nous publions des monographies et des guides archéologiques (www.atlasponant.fr). Nous sensibilisons le grand public au patrimoine maritime.

Tout cela demande une organisation. Nous sommes actuellement 40 membres et nous sommes 4 salariés. Nous faisons aussi appel à des professionnels de l’archéologie sous-marine au gré des chantiers. 
Nous louons le « Hangar à Tabac », Chaussée des Corsaires (bâtiment de la concession du port de Saint-Malo), dans lequel nous travaillons et où nous pouvons nous retrouver. Nous y avons un centre de documentation et une salle de 63 m² permettant d’accueillir les ateliers ArchéoMer, des expositions ou des réunions.

Nous possédons un navire de recherche scientifique, l’Hermine-Bretagne, aménagé aux recherches archéologiques sous-marines et équipé des matériels spécifiques (un sonar, des aspirateurs sous-marins, des motopompes pouvant alimenter les aspirateurs sous-marins à eau, une centrale hydraulique thermique qui alimente un marteau piqueur et une tronçonneuse, un groupe électrogène, des équipements de plongée…). Pour mener à bien ces opérations, nous montons des dossiers de demandes de subventions auprès de l’Union Européenne, de l’État, des collectivités territoriales. Nous avons également des financements privés, des produits de vente des publications éditées par l’association, des produits de rétributions perçues pour services rendus ».

L’actualité d’ADRAMAR :

L’association est active et ne manque pas de projets. Pour preuve, les réalisations en cours ou à venir :

  • Lancement de l’application « L’épave du Fetlar ». Il y a 100 ans, le cargo Fetlar sombrait au large de Saint-Malo. Une page d’histoire engloutie… redécouverte par le travail des archéologues sous-marins et accessible aujourd’hui en réalité virtuelle ! L’association a réalisé une modélisation 3D de l’épave du Fetlar. Une plongée virtuelle développée à partir d’une couverture photographique intégrale de l’épave. Plus de 20 000 photographies sous-marines ont été prises en plongée sur le site.
    Leur traitement informatique permet de restituer les dimensions et les volumes exacts et de construire un modèle 3D précis de l’épave : c’est l’enregistrement photogrammétrique.L’application L’EPAVE DU FETLAR propose de partir à la découverte de ce navire et des secrets de son naufrage en plongée virtuelle à 26 mètres de profondeur. Application disponible sur Google Play.
  • Réalisation d’une exposition itinérante sur l’archéologie sous-marine en Bretagne «Plongez à la découverte de votre histoire».
    L’exposition invite à explorer les techniques utilisées pour étudier les sites archéologiques sous-marins et à découvrir la richesse et la diversité du patrimoine archéologique maritime en Bretagne.
    Composée de 3 modules sous forme de 3 cubes de 2, 30m, ils présentent 24 visuels. Chaque module explore une facette différente de l’archéologie sous-marine : la fouille sous-marine,  l’objet archéologique et le patrimoine archéologique maritime breton.
  • L’opération de prospection du Victor de mi-septembre à mi-octobre 2019

L’ADRAMAR reconnue :

L’Adramar a reçu, en tant qu’association française consacrée au développement de l’archéologie sous-marine et subaquatique, une accréditation de l’Unesco pour consultation et collaboration avec le Conseil consultatif, scientifique et technique de la Convention de 2001. Elle s’est ainsi engagée à coopérer avec le Conseil consultatif de l’UNESCO pour la mise en œuvre de la Convention de 2001 sur la protection du patrimoine culturel subaquatique.

L’Adramar a également reçu l’agrément académique des associations éducatives complémentaires du Rectorat de Rennes et l’agrément Jeunesse et Education populaire du ministère des sports, de la Jeunesse et de l’éducation populaire et de la vie associative.

Créée en 1993 par Elisabeth Veyrat et Michel L’Hour, l’association ADRAMAR a pour mission l’étude, la protection et la mise en valeur des sites archéologiques immergés. L’ADRAMAR est située Chaussée des Corsaires sur le port de Saint-Malo.

https://adramar.fr/

CA de l’association : 300 000 €

Crédits photos : Teddy Seguin, Frédéric Osada, Adramar, Eesab